La Nouvelle-Aquitaine produit plus de 3 000 tonnes de laine par an. Trop souvent, cette matière est encore jetée, brûlée ou enfouie — une perte pour les éleveurs et un non-sens écologique. C’est sur ce constat qu’Émilie a fondé Feutré, un projet relayé dans Vienne rurale (22 mai 2026).

Une matière locale sans vraie filière

La France ne dispose plus que d’une usine de lavage (Haute-Loire), tandis que la laine utilisée par l’industrie française part souvent se faire traiter à l’étranger. Des acteurs comme l’association Laine d’éleveurs (Haute-Vienne) travaillent à reconnecter éleveurs et industriels, autour de deux pistes : le textile et les pellets fertilisants.

Feutré : un chausson pour changer le regard

Après quinze ans dans le bancaire coopératif, Émilie a choisi une activité alignée avec ses convictions, au tiers-lieu poitevin « La Caserne ». Soutenue par deux AMI de la Région (70 000 € pour la R&D), elle développe un chausson en laine locale, pensé pour être accessible, réparable et recyclable.

  • Collecte auprès d’une dizaine d’éleveurs, rémunérée 1 €/kg (environ 2 à 2,5 kg par toison) ;
  • Lavage en Haute-Loire, feutrage en Haute-Vienne ;
  • Feutre aiguilleté pour densifier la laine ;
  • Semelle antidérapante récupérable et recyclable.

« On ne peut pas jeter une matière aussi belle », confie-t-elle. Formée au tri des toisons à l’École de la laine de Vasles (79), elle veut aussi sensibiliser à des modes de consommation plus durables.

Et après le chausson ?

Au-delà du textile, Feutré explore d’autres usages de la laine auprès des entreprises : alternatives aux bâches synthétiques, isolation phonique et thermique, paillage maraîcher, ou encore pellets enrichissant les sols.

Une première production (environ 500 paires) est envisagée avec précommandes et financement participatif — pour remettre la laine locale « sur pied ».

Source : Étienne Sautereau / Yoni Diallo — Vienne rurale, 22 mai 2026.